Il y a quelques jours, la Tunisie accueillait le Sommet Mondial de la Société de l’Information (SMSI). Soutenu par l’Organisation des Nations Unies (ONU), cet évènement rassemble de nombreux ambassadeurs et a pour objectif de trouver des solutions aux problèmes de la fracture numérique entre les pays du Nord et ceux du Sud. Si, en décembre 2003, Genève n’avait eu aucune difficulté à recevoir ce rassemblement, cela n’a pas vraiment été le cas, cette année, pour la ville de Tunis… Considérée comme un pays bafouant les principes de liberté d’expression et de droit à l’information, la Tunisie a fait couler beaucoup d’encre. Pourquoi avoir choisi ce pays pour accueillir un tel évènement ? Un choix pour le moins paradoxal ! 

        À la veille de l’évènement onusien, les tunisiens s’attendaient à quelques gestes d’ouverture de la part de leur président Ben Ali… Il n’en fut rien ! Mardi 15 novembre, Maître Mokhtar Trifi, président de la Ligue tunisienne des droits de l’homme, allume son ordinateur. Tout est verrouillé. «Veuillez vérifier le nom», «Impossible d'afficher la page». Internet, dont la gouvernance constitue pourtant l'un des sujets clés du sommet, est étroitement surveillé en Tunisie. «Près d'une vingtaine d'internautes sont actuellement emprisonnés, souvent pour avoir simplement téléchargé un article ou l'avoir envoyé à un ami», déclare Samir Ben Amor, un avocat, membre de la LTDH…

Côté presse écrite, le tableau est le même. Il y a : le groupe Dar El Anouar (4 journaux dont deux quotidiens), Dar Essabah (3 journaux dont deux quotidiens), la presse people ou le magazine Réalité (information politique pour l’intelligentsia tunisienne). La presse tunisienne doit respecter la censure politique qui vient entacher la liberté d’expression : critiques du gouvernement et discours des leaders de l’opposition sont bannis ; l’activité présidentielle et la photo du Président Ben Ali doivent figurer à la aliune des quotidiens ; aucune tribune ne doit être accordée à des figures de l’opposition… Ceux qui tentent d’occulter ces principes sont sévèrement punis. Sihem Bensedrine, rédactrice en chef du journal en ligne Kalima, a été incarcérée sept semaines en 2001 pour avoir accusé un juge et le beau-frère de Ben Ali de corruption. Elle continue de subir des campagnes de harcèlement. En effet, en Tunisie, la répression prend souvent la forme de tracasseries, de brimades, de diffamations à caractère sexuel, d'actes de vandalisme ou d'agressions physiques. Ainsi, il y a un an, S. Bensedrine a été rouée de coups, en pleine rue…

Côté télévision, Canal 7 et Hannibal Tv se partagent l’audience. Cependant leurs programmes sont là encore régis selon plusieurs règles. Si, par exemple, dans nos sociétés occidentales, les émissions de télé-réalité envahissent les chaînes, aucune n’est diffusée en Tunisie. Dans un pays où toute parole, tous faits et gestes doivent être contrôlés, la real Tv n’est pas envisageable…

Devant la situation oppressante du pays, certains opposants tentent de faire évoluer les choses. Ainsi, depuis le 18 octobre, sept personnalités tunisiennes observent une grève de la faim. Ils espèrent ainsi obtenir le respect des libertés publiques et la libération de 400 prisonniers politiques. Malheureusement, le gouvernement ne l’entend pas de la même oreille. Pour Ben Ali, il ne s’agit que d’une mise en scène servant à entacher l’image du pays…

annanAinsi, c’est un sommet de l’information muselé qui a eu lieu cette année en Tunisie ! Le secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, avait pourtant insisté sur la liberté d’expression lors d'un entretien à Tunis avec le président tunisien Zine El-Abidine Ben Ali, avant le début du sommet. Mais le passage à tabac de l’envoyé spécial de Libération, le 11 novembre, prouve bien que le pays ne respecte aucunement les libertés publiques… Face à cela, la délégation américaine au SMSI a jugé nécessaire de faire part de sa préoccupation. Dans un communiqué de presse, elle s’est ainsi déclarée «déçue de voir que le gouvernement tunisien n'a pas tiré profit de cette importante manifestation pour démontrer son engagement en faveur de la liberté d'expression et d'association en Tunisie».

Aussi, nous retiendrons surtout de cet évènement l’incongruité du choix du pays d’accueil et la polémique que cela a engendré !

(Source: http://www.liberation.fr/index.php?lang=fr, et photos: http://images.google.fr)