Voilà maintenant plus de quatre ans que la télé-réalité occupe le paysage audiovisuel français. Au départ, son succès est indéniable, mais très vite on assiste à une routinisation et banalisation des programmes. Face à cela, les producteurs doivent concevoir de nouvelles émissions, diffuser de nouveaux concepts, pour séduire à nouveau le public... En effet, la télé-réalité se décline à volonté. Après les shows de l’aventure (Koh lanta, TF1), les émissions intervenant dans la vie privée (Confessions intimes, TF1), les « émissions-conseil » (J’ai décidé de maigrir, M6), les programmes de compétition (Star Academy, TF1, Bachelor, M6), la tendance est aujourd’hui au genre « Swap »…

Le Swap représente les programmes de télé-réalité dans lesquels les participants sont invités à « échanger » (traduction de « swap » en anglais) leur vie pendant quelques jours.

vis_ma_vieEn France, c’est TF1 qui lance la première émission de genre swap. Ainsi, en septembre 2001, les téléspectateurs peuvent assister à la première diffusion de « Vis ma vie », présentée par Laurence Ferrari. Le principe est simple. Ce programme propose à des anonymes de partager durant quelques jours la vie d'une personne aux antipodes de leur style de vie ou de leur mode de pensée. Bien entendu, les caméras de « Vis ma vie » filment ces 72 heures de rencontre inédite ! Très vite, l’émission obtient un succès immédiat : près de 3 millions de téléspectateurs la suivent régulièrement. Face à cela, M6 ne tarde pas à lancer à son tour un programme appartenant au genre swap…

Inspirée de l’émission anglaise « Wife Swap », diffusée sur Channel Four, c’est l’émission « On amamans échangé nos mamans » qui marque sur M6 l’arrivée de ce nouveau genre télévisuel. Diffusée pour la première fois le 13 janvier 2004, elle rassemble près de 4 millions de téléspectateurs. Le concept est le suivant : deux mères de famille aux modes de vie et aux principes d’éducation différents échangent leur situation pendant deux semaines. Nouvel environnement, nouvelle maison, nouveaux enfants. La première semaine, les deux mamans se plient aux règles de leur famille d’accueil. La deuxième semaine, elles appliquent leurs propres méthodes.

Au premier abord, le concept peut sembler intéressant. « À l’heure où la famille perd ses attaches collectives, se nucléarise, les parents sont inquiets, se sentent seuls. Une ouverture sur l’autre montre qu’il y a mille façons d’éduquer » explique le psychiatre et conseiller de M6, Serge Hefez. Certes, mais on peut estimer que le concept est un peu trop moralisateur. « On réduit la mère de famille à un trait de personnalité, pour en déduire une compétence, explique le psychanalyste Jacques Arènes. Dès le départ semblent se détacher les figures de la bonne et de la mauvaise mère, on est en plein moralisme, dans la critique implicite du parent qui a mal fait son travail. »

L’exemple de « On a échangé nos mamans » peut s’étendre à toutes les émissions appartenant au genre Swap. Très vite, les participants tombent dans la caricature et le tiers manipulateur de la caméra vient fausser l’authenticité des échanges…

(Source : Le Monde du 27/02/2004, et images: http://images.google.fr)